B’shallach – Français
B’shallach
de Rabbi Dr Walter Rothschild (traduction par Celia Naval)
Il y a des versets dans la Torah qui passent souvent inaperçus. Ils ne semblent pas bien dramatiques, mais ils sont porteurs et parfois ces versets ont tendance à sauter de la page et à éclater devant vos yeux.
L’un parmi eux, pour moi, est Exode 13:19. Les enfants d’Israël se mettent en marche à travers le désert (pas par la route normale, le long de la Via Maris, la voie de la mer, le long de la côte) dans une grande confusion et précipitation, et « Moïse emporta en même temps les ossements de Joseph car celui-ci avait formellement adjuré les enfants d’Israël, en disant : « Dieu se souviendra de vous et alors vous emporterez mes ossements de ce pays ».
Ceci fait bien évidemment référence à Genèse 50:24-26 où Joseph, qui a pu emmener le corps de son propre père pour l’enterrer à Machpelah à Hebron, quelques versets mais un grand nombre d’années auparavant, et s’approchant maintenant de sa propre fin, adjure ses frères et déclare que Dieu « vous ramènera de ce pays dans celui qu’il a promis par serment à Abraham, à Isaac et à Jacob. » En conséquence, lorsqu’il décède, « on l’embauma et il fut déposé dans un cercueil en Égypte. »
Il est fascinant de penser que pendant les quelques trois à quatre cent ans suivants quelqu’un, quelque part savait où était gardé ce cercueil et ce savoir et la promesse qui y étaient attachés, furent ensuite passés de génération en génération. Pas dans une grande pyramide mais sûrement dans une tombe quelque part? Le ‘nouveau Pharaon’ d’Exode 1 est indifférent à des prédécesseurs célèbres, mais les enfants d’Israël ne le sont pas. Ils ont gardé vivants leur mémoire et leur espoir. Ce cercueil est leur lien physique aux patriarches et à l’alliance, leur espoir d’un avenir sur leur propre terre.
Alors, quand Moïse emporte ce cercueil avec lui, c’est un symbole à la fois d’un recommencement et de la continuité par rapport au passé. Pendant les prochaines quarante années dans le désert et ensuite durant la conquête de la terre d’Israël sous Josué, ce cercueil est présent (bien qu’il n’en est pas fait mention), tout comme l’autre caisse célèbre, celle avec les Tables de la Loi du Sinaï. L’enterrement aura finalement lieu à la fin du livre de Josué (un livre bien trop négligé que je souhaiterais voir lu comme le sixième livre de la Torah, car c’est la suite du récit qui commence dans la Genèse et l’Exode). Dans Josué 24:32 « Les os de Joseph, que les enfants d’Israël avaient rapportés d’Egypte, furent enterrés à Sichem, dans la parcelle du champ que Jacob avait achetée aux fils d’Hamor…pour cent pièces d’argent ».
Ceci est aussi vraiment extraordinaire car cela nous dit qu’ils avaient connaissance du lieu, du contrat et du prix d’achat des siècles plus tard et donc le fils favori de Jacob fut enterré, non à côté de son père à Machpelah, mais dans la terre que son père avait achetée tant d’années auparavant…. L’Alliance se réalise, cette terre fut promise; une partie fut achetée, une partie fut conquise. Cela fait partie de notre histoire et cela reste vrai jusqu’à nos jours.
Où en sommes-nous aujourd’hui ? Nous avons une terre. Une grande partie a été achetée en liquide, par exemple via le KKL, de propriétaires précédents. Toute ‘Boîte Bleue’ vous indiquerait quelles parcelles avaient été acquises par des dons de juifs de part le monde, mais des terres ont aussi été achetées depuis. Certaines terres ont simplement été occupées, étant désertiques et dans des zones non- attribuées, dans le Negev ou au fond de la vallée du Jourdain où des juifs sont venus construire, pratiquer l’agriculture et vivre. D’autres parties devaient être conquises de ceux qui niaient notre droit, né de l’Alliance, à s’y trouver – et qui continuent à le nier. Les arguments font rage et, à la lecture de la Bible, nous apprenons que cela a toujours été le cas, et le sera toujours. Nous aussi, comme les enfants d’Israël en Égypte (essentiellement la première ‘diaspora’), devons maintenir éveillée notre mémoire et notre espoir et ne pas nous laisser décourager par ceux qui nous refusent les deux.
Il y a autre chose. Au moment où j’écris (en décembre 2025), un processus long et douloureux se déroule depuis plusieurs mois afin de ramener en Israël, non seulement les otages vivants mais également les dépouilles des défunts, des assassinés. C’est devenu une partie de l’identité nationale, une partie de tout accord, de demander que les os soient placés dans une caisse et portés en Israël pour des funérailles (ou, dans le cas de ressortissants d’autres pays, retournés dans leur propre pays pour leurs propres rituels.) Cela paraît important. On pourrait hausser les épaules et dire « Les morts sont morts, qu’importe où gisent leurs os? » mais les juifs sont différents. Cela nous importe à nous. Nous, nous construisons des cimetières et nous nous rendons sur les tombes.
Au cours de notre histoire, nombreux étaient ceux qui n’eurent pas de tombe; ils furent brûlés, noyés ou incinérés ou ils moururent dans anonymat dans des camps d’extermination, dans des fosses à morts ou des marches de la mort. Avoir une tombe individuelle n’était donc pas universel, mais c’est universel de souhaiter en avoir, qu’on se rappelle de nous ou de pouvoir se rendre sur la tombe d’un ancêtre.
L’origine de cette tradition peut être retracée aux restes momifiées d’un ancêtre dont les restes furent emportés, dans leur caisse, d’Egypte, à travers la Mer, au travers du Désert et jusque dans la Terre.
Rabbi Dr Walter Rothschild a été ordonné au Leo Baeck College à Londres en 1984. Il a servi des communautés à travers le monde progressiste et vit actuellement à Berlin en Allemagne.